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Vive les cyberguerres !

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Personne ne peut plus assurer aujourd’hui que ses données ne seront pas un jour compromises. Il en est ainsi pour les gouvernements, les entreprises et les individus. Les cyberguerres offrent une chance de reprendre le contrôle.

Il existe souvent un rapport entre le niveau technologique et les moyens financiers d’un organisme. Son niveau technologique dépend généralement du volume des investissements qu’il réalise. Un organisme qui dépense des millions d’euros dans sa sécurité possèdera, d’une part, une technologie forte – par exemple des logiciels qui analysent et traitent l’activité d’un réseau en temps réel – et, d’autre part, des personnes pour exploiter cette technologie.

Il n’existe cependant aucun rapport entre le niveau technologique et le degré de protection réellement atteint. Premièrement, la technologie est fragile par nature. Elle implique de prendre part au jeu du chat et de la souris, souvent à perte. Deuxièmement, l’Homme est fragile par nature. Il contraint volontairement ou involontairement son employeur à porter une confiance forte en ses compétences, sa loyauté et ses interactions ; il vaut parfois mieux compter sur un individu seul avec un savoir-faire spécifique. La complexification des interactions technologiques et humaines tend naturellement à diminuer le degré de protection.

Sauf connaissance préalable du terrain ou de stratégies liées au contexte du conflit, une guerre traditionnelle demande un minimum de rapport de force ; on peut difficilement mener une bataille seul contre un régiment. Dans notre monde hyperconnecté où le niveau technologique ne garantit pas la sécurité, une cyberguerre n’en demande pas. Pire, un hacker malveillant isolé peut commettre un méfait et disparaître. Il peut d’ailleurs être lui-même compromis. L’immunité historique que permettaient l’argent, le pouvoir et la protection physique n’existe plus. Tout le monde peut tomber.

Une cyberguerre repose sur le principe du rebond. Elle peut être déclarée ou non, discrète ou visible. Elle aura toujours une portée internationale dans notre monde hyperconnecté. Les preuves reposent sur des fichiers modifiables, interprétables et bien souvent trop nombreux. Seul un travail long et méticuleux d’investigation peut permettre de retrouver les auteurs. Une éternité.

Outre leur caractère préjudiciable, les cyberguerres ont le mérite de faire éclore des luttes d’un nouveau genre. Dans la mesure où une polarisation d’intérêts éloignés (malveillants ou non) dépasse les causes initiales, elles peuvent même devenir un attribut démocratique. Un logiciel employé pour mener une attaque est divulgué tôt ou tard et peut servir d’autres causes. Cette cyberarme est généralement reproductible indéfiniment, modifiable, adaptable. Les amis et les ennemis ne sont plus identifiables, les traces sont corruptibles, il devient impossible de comprendre les enjeux et d’anticiper les répercussions. Dans ce chaos technologico-stratégique, les plans, les cartes, les stratégies de combat font parfois place à des émergences démocratiques.

Paradoxalement, les cyberguerres cultivent le terreau de l’effondrement de notre monde hyperconnecté. Au niveau individuel, elles nous encourageront à réduire la production et l’exposition de nos données. Au niveau collectif, elles inciteront les États à reconsidérer la numérisation à outrance des services critiques (électricité, eau, routes, trains…) et l’autonomie énergétique.

Enfin et surtout, les cyberguerres favoriseront la création de nouveaux territoires libres. La répétition et la violence des attaques entraîneront une augmentation progressive des serveurs personnels et objets connectés alternatifs. Comme ces territoires seront éphémères car très vite compromis, les données seront en mouvement constant, en opposition aux silos cloud actuels dits imprenables.

Topologie, contexte, complexité, transparence, démocratie… les cyberguerres sont nécessaires.

Un Linatien